Le Canada entreprend de mettre fin aux discussions avec NunatuKavut, mais des questions relatives aux droits et au financement demeurent
Nunavut Tunngavik Incorporated a salué la décision du Canada de mettre fin à un processus de discussion fédéral avec le NunatuKavut Community Council. La décision met fin à un forum de négociation, mais elle ne règle pas les revendications contestées fondées sur l’article 35 ni n’annule automatiquement le financement et les allocations de pêche.
Aucun changement immédiat à l’Accord du Nunavut, aux programmes de Nunavut Tunngavik Incorporated ou aux services du gouvernement du Nunavut n’a été relevé après que le Canada a entrepris de mettre fin à un processus contesté de discussion sur les droits au Labrador.
Pour les Nunavummiut, l’importance réside principalement dans ce que cette décision pourrait signifier pour la politique nationale sur les Inuit : qui le Canada considère comme titulaire de droits inuits, qui participe aux décisions propres aux Inuit et comment l’admissibilité aux programmes fédéraux est établie. Toute incidence sur le financement exigerait des décisions distinctes qui n’ont pas été annoncées.
Nunavut Tunngavik Incorporated, ou NTI, a salué la mesure prise par le Canada le 8 septembre 2026. L’organisme a appuyé la position du gouvernement du Nunatsiavut selon laquelle les discussions sur les droits, la gouvernance et l’autodétermination des Inuit devraient être fondées sur l’autorité des titulaires de droits inuits reconnus. Il s’agit de la position publique de NTI, et non d’une nouvelle décision judiciaire. Source↗
La décision fédérale concerne le NunatuKavut Community Council, connu sous le nom de NCC, qui se décrit comme l’organisation de gouvernance des Inuit du sud et du centre du Labrador.
Ce à quoi le Canada met fin est un processus de discussion. Il ne s’agit pas d’un traité, d’un règlement de revendication territoriale ni d’une affaire judiciaire. La décision ne détermine pas, en elle-même, sur le plan juridique l’identité de NCC ou si ses membres détiennent des droits constitutionnels.
Ce que le Canada a réellement décidé
NCC affirme avoir reçu une lettre de la ministre des Relations Couronne-Autochtones le 4 septembre 2026, l’informant de la décision du Canada de mettre fin au processus RIRSD. RIRSD signifie reconnaissance des droits autochtones et autodétermination.
Selon NCC, la décision vise à la fois sa table de discussion fédérale et le protocole d’entente qui établissait le cadre des discussions. NCC affirme que la ministre n’a fourni aucune raison ni explication de fond. L’organisme a rejeté la décision et a déclaré qu’il envisagerait toutes les voies possibles, y compris une éventuelle action en justice. Source↗
La lettre de la ministre, ses éventuelles pièces jointes et l’analyse à l’appui du gouvernement n’ont pas été rendues publiques. Des faits importants demeurent donc non confirmés, notamment le libellé exact de la décision, le pouvoir juridique invoqué, les motifs du Canada et la date d’entrée en vigueur.
Le gouvernement du Nunatsiavut a déclaré le 8 septembre avoir été informé de la décision du Canada de mettre fin à la table de NCC. Le président Johannes Lampe a salué cette mesure. Nunatsiavut se décrit comme le gouvernement inuit issu d’un traité au Labrador et conteste l’affirmation de NCC selon laquelle il représente un collectif titulaire de droits inuits. Source↗
Le libellé est important, car l’accord de 2019 prévoit que le Canada ou NCC peut y mettre fin en donnant un préavis écrit de 30 jours qui comprend les motifs. Si le 4 septembre constituait le début de cette période de préavis, le 4 octobre 2026 serait 30 jours civils plus tard. La date d’entrée en vigueur ne peut pas être confirmée sans voir la lettre.
À la date de la recherche réalisée pour ce rapport, le Canada n’avait pas publié de communiqué expliquant la décision. La page fédérale sur les négociations affichait toujours les jalons de NCC de 2018 et de 2019 sans mentionner une fin du processus. Cela pourrait simplement refléter un retard dans la mise à jour de la page. Source↗
Il est donc plus prudent de décrire le processus comme étant en voie de prendre fin, tandis que le calendrier officiel demeure incertain. Les affirmations selon lesquelles la table a déjà pris fin peuvent être exactes, mais le dossier public n’indique pas encore si le Canada la considère comme immédiatement close ou assujettie à la période de préavis.
Comment le processus fédéral en est arrivé à ce point
Le différend a une histoire beaucoup plus longue que l’accord de 2019.
Selon le dossier résumé par la Cour fédérale, l’organisation a vu le jour sous le nom de Labrador Métis Association en 1981. Elle a été constituée en personne morale en 1985, est devenue la Labrador Métis Nation en 1998 et a adopté le nom NunatuKavut Community Council en 2010.
NCC a présenté sa première demande fédérale de revendication globale en 1991 sous la forme d’une « revendication des descendants inuits ». Elle a présenté au moins deux demandes subséquentes. Le dossier de la Cour décrit trois demandes de revendication infructueuses en vertu de l’ancienne Politique sur les revendications territoriales globales. Ces résultats antérieurs n’ont pas empêché NCC de continuer à affirmer qu’il possède une revendication crédible.
Le Canada et NCC ont commencé les discussions sur la reconnaissance des droits autochtones et l’autodétermination le 12 juillet 2018. Ils ont signé le protocole d’entente le 5 septembre 2019. À l’époque, le gouvernement fédéral avait décrit l’accord comme une étape vers l’exploration des droits et des objectifs d’autodétermination de NCC. Source↗
L’accord de six pages établissait un processus plutôt qu’un résultat. Ses objectifs comprenaient l’identification des droits que NCC pourrait détenir, l’identification des personnes qui pourraient bénéficier de ces droits et l’éventuelle élaboration d’un mandat conjoint pour de futures négociations.
Il traitait également de la capacité financière de NCC à participer, de la confidentialité et de la consultation d’autres groupes autochtones dont les intérêts pourraient être touchés.
Fait crucial, l’accord n’était pas juridiquement contraignant. Il ne créait, ne modifiait, ne reconnaissait ni ne refusait aucun droit juridique ou constitutionnel. Il ne s’agissait pas d’un traité ni d’un accord définitif, et il n’accordait pas à NCC de droits en vertu de l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982.
Mettre fin à cet accord ferme le forum convenu pour les discussions exploratoires. Cela n’efface pas les affirmations sous-jacentes de NCC, ne règle pas les revendications qui se chevauchent et ne dissout pas l’organisation. Cela ne met pas non plus automatiquement fin aux relations de NCC avec le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador, d’autres organismes publics, des entreprises ou des membres de la communauté.
Ce que la Cour fédérale a décidé — et n’a pas décidé
Le fondement juridique le plus clair découle d’une contestation intentée par Innu Nation après que le Canada eut signé l’accord.
Innu Nation s’est opposée au processus fédéral notamment parce que le territoire revendiqué par NCC chevauche des terres visées par les négociations de traité des Innus. Le gouvernement du Nunatsiavut a participé à l’affaire à titre d’intervenant.
Le 12 juin 2024, la Cour fédérale a rejeté la demande de contrôle judiciaire d’Innu Nation dans Innu Nation Inc. v. Canada (Crown-Indigenous Relations), 2024 FC 896. Source↗
Ce rejet n’a pas validé l’identité inuite revendiquée par NCC, ses droits fonciers ou sa position relative à un traité. Il n’a pas non plus conclu que NCC ne détient pas ces droits.
La Cour a conclu que l’accord exprimait un engagement politique à tenir des discussions. Il n’imposait aucune obligation juridique, n’avait produit aucun accord sur les terres ou d’autres droits, et ne reconnaissait pas NCC comme un peuple autochtone du Canada.
La Cour a indiqué que le processus pourrait, ou non, mener à une reconnaissance. À ce stade précoce, toute incidence sur les revendications qui se chevauchent d’Innu Nation demeurait hypothétique. La Cour a donc conclu que l’obligation de consulter Innu Nation n’avait pas encore été déclenchée. Source↗
Cette distinction est essentielle pour comprendre la décision actuelle. Le Canada met fin à un processus qui aurait éventuellement pu mener à une future décision de reconnaissance ou à un mandat de négociation. Il ne revient pas sur une déclaration judiciaire selon laquelle NCC détenait déjà des droits en vertu de l’article 35, car aucune telle déclaration n’a été rendue.
La fin du processus ne constitue pas non plus, en elle-même, une conclusion judiciaire selon laquelle les membres de NCC ne sont pas Inuit ou ne peuvent pas détenir de droits autochtones. Les positions historiques, généalogiques, territoriales et relatives aux traités qui s’opposent demeurent contestées.
Pourquoi les organisations inuites appuient la décision
Nunatsiavut, NTI et Inuit Tapiriit Kanatami ont soutenu que les politiques et décisions fédérales propres aux Inuit devraient être fondées sur les régions inuites issues de traités et leurs organisations titulaires de droits.
Ces quatre régions sont la région désignée des Inuvialuit, Nunavut, Nunavik et Nunatsiavut. Ensemble, elles forment Inuit Nunangat, la patrie des Inuit au Canada. La politique fédérale sur Inuit Nunangat est organisée autour de partenariats avec les organisations inuites issues de traités de ces régions. Source↗
NTI représente les Inuit du Nunavut en vertu de l’Accord du Nunavut. Son intérêt dans le différend au Labrador ne constitue donc pas une revendication sur des terres du Labrador. Il porte sur la manière dont le Canada identifie les partenaires inuits et structure les politiques, programmes et financements propres aux Inuit dans l’ensemble du pays.
Dans sa déclaration du 8 septembre, NTI a affirmé partager les préoccupations soulevées par Nunatsiavut et d’autres titulaires de droits inuits au sujet du processus de NCC. L’organisme a présenté la fin du processus comme une protection de l’autorité des titulaires de droits inuits reconnus.
Nunatsiavut est allé plus loin. Il a demandé au Canada de mettre fin à tout financement fédéral et à toutes les allocations de pêche accordés à NCC. Il s’agit d’une demande d’un gouvernement touché. Ce n’est pas une preuve que des ministères fédéraux ont mis en œuvre ces mesures supplémentaires.
L’intérêt d’Innu Nation est connexe, mais distinct. Sa contestation judiciaire portait sur les préjudices possibles aux droits des Innus et aux négociations de traité dans les zones où les revendications se chevauchent. Innu Nation, Nunatsiavut, NTI et Inuit Tapiriit Kanatami sont des parties directement intéressées dans le différend plus vaste, et non des observateurs neutres.
Ce que dit NCC en réponse
NCC rejette les positions adoptées par les organisations inuites issues de traités. Il affirme être un gouvernement inuit moderne et que le Canada refuse de négocier malgré des éléments de preuve d’ascendance inuite, d’utilisation historique des terres et de continuité dans le sud et le centre du Labrador.
Il décrit également une relation de 1765 entre les autorités britanniques et les Inuit au Labrador comme une relation découlant d’un traité. Cette caractérisation est contestée et n’a pas été tranchée par le jugement de la Cour fédérale de 2024.
Dans sa déclaration actuelle, NCC a accusé le Canada de traitement injuste et de pressions politiques. Il a également allégué une divulgation inappropriée de renseignements confidentiels et affirmé que d’autres organisations autochtones avaient influencé la décision. Il s’agit d’allégations de NCC. Elles n’ont pas été établies de façon indépendante, et les motifs du gouvernement fédéral ne sont pas encore disponibles.
NCC a cité un rapport de recherche préparé dans le cadre d’un contrat fédéral pour appuyer sa position. Le document est daté du 16 juin 2025, bien que NCC l’ait rendu public et promu en 2026.
Le rapport contient des conclusions favorables à une continuité entre les populations inuites historiques du centre et du sud du Labrador et les membres actuels de NCC. Toutefois, il énonce aussi des limites importantes. Ses auteurs ont examiné une collection de documents qui leur a été fournie, se sont largement appuyés sur des sources secondaires et n’ont pas effectué de recherche archivistique externe, de travail ethnographique original, d’analyse approfondie des biais ni de consultation auprès d’experts juridiques et universitaires externes.
Les auteurs ont expressément précisé qu’il ne s’agissait pas d’un rapport définitif ou final. Cela signifie qu’il ne devrait pas être décrit comme une validation fédérale finale de l’identité ou des droits de NCC. Source↗
NCC affirme que Relations Couronne-Autochtones a rejeté le rapport en raison de lacunes contractuelles alléguées, puis a tenté de supprimer des conclusions favorables. Aucune évaluation fédérale, exigence contractuelle ou correspondance à l’appui n’a été trouvée dans le dossier public. La description par NCC de ce différend demeure une affirmation attribuée. Source↗
Le financement et les pêches ne prennent pas fin automatiquement
Les conséquences pratiques immédiates sont plus limitées que certaines des demandes publiques entourant la décision.
L’accord de 2019 a créé un cadre de discussion. Il ne constituait pas le seul fondement juridique de chaque subvention, accord de contribution, inscription à un programme, mécanisme de consultation ou allocation de pêche concernant NCC.
Les programmes fédéraux peuvent avoir des règles d’admissibilité différentes. Les allocations de pêche peuvent être accordées en vertu de pouvoirs ministériels distincts. Les accords de contribution ont leurs propres conditions et dates de fin. Certains arrangements peuvent faire référence aux organisations autochtones de façon générale, tandis que d’autres peuvent être limités aux titulaires de droits reconnus ou aux partenaires issus de traités.
Pour cette raison, l’appel de Nunatsiavut à mettre fin au financement fédéral et aux allocations de pêche ne devrait pas être présenté comme un fait accompli. Chaque source de financement et allocation devrait être relevée et vérifiée séparément.
Aucune liste vérifiée à l’échelle du gouvernement n’a été publiée indiquant quels arrangements de NCC, le cas échéant, changeront en raison de la fin du processus. Aucun ministère n’a annoncé publiquement que des fonds seraient recouvrés, réaffectés au Nunavut ou ajoutés à une enveloppe de financement inuite existante.
Tout avantage financier pour le Nunavut n’est donc pas prouvé. Une réaffectation exigerait une décision distincte de programme, de budget ou de crédits. Mettre fin à la table de discussion ne transfère pas à lui seul des fonds du Labrador au Nunavut.
La même prudence s’applique à la consultation. La décision de la Cour de 2024 portait sur la question de savoir si le Canada devait consulter Innu Nation avant de signer l’accord exploratoire. Elle n’établissait pas une règle permanente pour chaque projet ou politique futur concernant NCC, Nunatsiavut ou Innu Nation.
Ce qui pourrait se produire ensuite
La première chose à surveiller est la lettre de la ministre datée du 4 septembre. Sa publication pourrait clarifier la date d’entrée en vigueur, les motifs de la fin du processus, la question de savoir si la clause de préavis a été respectée et si le Canada a tiré une conclusion quelconque sur les éléments de preuve de NCC.
Une issue possible est que la période de préavis suive son cours et que la table de discussion ferme sans être remplacée. Dans ce scénario, les affirmations constitutionnelles et historiques de NCC demeureraient contestées plutôt que résolues par les tribunaux.
NCC pourrait aussi demander un contrôle judiciaire ou un autre recours juridique. Une future affaire pourrait examiner le pouvoir de la ministre, le caractère adéquat des motifs, l’équité procédurale, la clause de résiliation de l’accord ou l’honneur de la Couronne. NCC avait seulement déclaré qu’il envisageait une action en justice au 8 septembre 2026. Aucun résultat ne peut être prédit, et aucune nouvelle affaire n’a été relevée dans les documents examinés.
Les ministères fédéraux pourraient examiner séparément l’admissibilité de NCC aux programmes, les accords de contribution, les rôles de consultation ou les arrangements de pêche. Certains pourraient se poursuivre en vertu de pouvoirs sans lien avec le processus auquel il est mis fin. D’autres pourraient éventuellement changer. Tant que les ministères n’auront pas relevé de décisions précises, l’un ou l’autre résultat demeure possible plutôt qu’établi.
NTI, Nunatsiavut, Inuit Tapiriit Kanatami et Innu Nation pourraient également presser le Canada d’établir des règles d’admissibilité plus claires à l’échelle du gouvernement. De telles règles pourraient influer sur la conception des programmes propres aux Inuit à l’échelle nationale, notamment sur la manière dont les gouvernements consultent les organisations issues de traités et distribuent les fonds. Aucune nouvelle politique fédérale de ce type n’avait été publiée au moment du présent rapport.
Pour les Nunavummiut, le point essentiel est qu’il s’agit actuellement d’une affaire de précédent et de politique, et non d’une modification des droits prévus par l’Accord du Nunavut. Aucun changement n’a été relevé concernant l’inscription, les droits de récolte, les avantages de NTI ou les services territoriaux.
La question plus vaste demeure non résolue : le Canada ferme-t-il seulement un forum de négociation qui a échoué ou modifie-t-il la façon dont il évalue les affirmations relatives aux droits autochtones et l’admissibilité aux relations propres aux Inuit? Les motifs fédéraux, tout document déposé devant un tribunal et toute décision distincte relative aux programmes ou aux pêches montreront jusqu’où les conséquences s’étendent réellement.


Commentaires
0 approved comments. Every comment is reviewed before appearing.
Comments appear here after identity verification and News Desk review.